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Il n’existe aucun
pays dans le monde où les femmes et les hommes bénéficient
de l’égalité de statut et des chances. Selon
divers rapports des Nations unies sur le développement humain,
les femmes du monde entier sont plus ou moins discriminées
et ceci uniquement de part leur sexe. Nous pouvons affirmer que
la violence à l’égard des femmes est un phénomène
mondial résultant de cette situation d’inégalité
profonde et l’une de ses manifestations les plus graves.
La Conférence
mondiale de l’ONU sur les droits de la personne de 1993 a
établi que la violence à l’égard des
femmes met en péril les droits fondamentaux, la liberté
individuelle et l’intégrité physique et psychique
des femmes. Les articles 1 et 2 de la Déclaration de l’ONU
sur l’élimination de la violence à l’égard
des femmes précisent que « les termes "violence
à l’égard des femmes" désignent
tout acte de violence dirigé contre le sexe féminin
et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des
souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la
menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de
liberté, dans leur vie publique ou privée».
L’ISF félicite
l’Organisation mondiale de la santé d’avoir établi
le Rapport mondial sur la violence et la santé (octobre 2002)
: cette première évaluation approfondie du problème
de la violence présente des informations sur la violence
en tant que problème de santé publique mondial. En
publiant ce rapport, l’OMS soutient et étaie également
le travail et les conclusions du rapporteur spécial sur la
violence à l’égard des femmes.
La violence à
l’égard de femmes est causée par l’inégalité
entre les hommes et les femmes et ce sont les structures sociales
elles-mêmes qui rendent ces actes légitimes, qu’ils
soient commis au sein de la famille ou de la collectivité.
En disant que la violence à l’égard des femmes
est une conséquence de ce modèle social, nous affirmons
également que l’élimination de la violence ne
sera possible que quand ce modèle changera, que les relations
de domination auront disparu et que sera assurée l’égalité
entre les hommes et les femmes. Ce sont donc les gouvernements nationaux
qui sont les responsables de ce modèle et de sa modification.
Ceux-ci doivent intervenir en utilisant tous les moyens dont ils
disposent afin d’empêcher la violence et protéger
ses victimes.
Dans certaines parties
du monde, les femmes sont traitées cruellement et même
exécutées quand elles sont accusées d’adultère
ou d’avoir mis au monde des enfants illégitimes –
souvent à la suite d’un viol ou d’un viol collectif.
Dans de nombreux pays, un nombre infini de femmes sont victimes
de torture et d’assassinat, ce que l’ISF considère
comme un cas flagrant de femicide.
La violence à
l’égard des femmes, comme l’inégalité
entre les hommes et les femmes, revêt de nombreuses formes.
L’une d’entre elles est la violence au sein de la famille.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, près
de la moitié des femmes assassinées sont tuées
par leur mari ou leur partenaire actuel ou ancien, chiffre qui atteint
70 % dans certains pays. En outre, une femme sur quatre subit des
sévices sexuels commis par son partenaire à un moment
ou à un autre de sa vie.
Nous soulignons qu’au-delà
de la responsabilité personnelle des auteurs de ces actes,
les gouvernements portent aussi une responsabilité, car ils
n’ont pas pris toutes les précautions voulues pour
protéger ces femmes. Cela est reconnu clairement dans la
déclaration de l’ONU sur l’élimination
de la violence à l’égard des femmes. Les gouvernements
doivent donc promouvoir une législation étendue pour
agir sur ce problème dans toute sa complexité.
Conscientes que la violence
à l’égard des femmes revêt des formes
différentes, dont un grand nombre touche directement les
petites filles, nous souhaitons dénoncer la grave situation
des millions de filles qui, chaque année, subissent des mutilations
génitales. Nous dénonçons également
la sélection sexuelle des fœtus, les avortements forcés
et l’infanticide des filles nouveau-nées.
Selon le rapport sur
le Fond des Nations unies pour la population de septembre 2000,
quatre millions de femmes et de filles sont achetées et vendues
chaque année pour l’un ou l’autre de ces trois
motifs : la prostitution, l’esclavage ou le mariage forcé.
De plus, chaque année, deux millions de filles sont forcées
à se prostituer.
La traite de femmes et
de filles est une violation des droits de la personne, qui a des
liens directs avec l’inégalité sexuelle et des
raisons socio-économiques, avec les politiques d’immigration
restrictives et la pauvreté. Pour lutter contre ce problème,
nous devons donc adopter une démarche pluridisciplinaire,
avec la participation de toutes les personnes concernées
et mener une coopération au niveau national et international
entre les pays d’origine, de transit et de destination.
La violence à
l’égard des femmes implique de manière inévitable
la subordination des femmes. L’éradication de la violence
à l’égard des femmes en raison de leur sexe,
née des structures sociales et reproduite dans tous les domaines
de la société, de la famille aux pratiques institutionnelles,
doit former un objectif important des organisations internationales
et des gouvernements nationaux dans la mesure où il s’agit
d’une question de droits de la personne.
En conséquence,
l’Internationale socialiste des Femmes :
appelle les
gouvernements nationaux à ratifier tous les instruments de
protection et de promotion des droits des femmes, en particulier
le Statut de Rome et le cas échéant, retirer les réserves
qu’ils ont exprimées et signer et/ou ratifier son protocole
optionnel ;
appelle tous
les gouvernements nationaux à introduire une législation
étendue contre la violence à l’égard
des femmes. Ils doivent s’attaquer à tous les aspects
du problème, de la prévention à l’éducation,
à la sensibilisation sociale, à l’amélioration
des systèmes politiques et juridiques, à la protection
efficace des victimes, aux réparations et à un système
de compensations approfondi pour tout atteinte subie. Il faut enfin
introduire une législation visant à exclure les auteurs
de violence familiale de leur foyer ;
appelle tous
les gouvernements nationaux à introduire une législation
étendue faisant du viol – y compris le viol perpétré
par les forces de répression – un crime là où
il est encore considéré comme un délit, et
à introduire des lois qui feraient du viol systématique
un crime de guerre et garantiraient que leurs auteurs soient poursuivis
par le Tribunal pénal international établi par l’ONU
;
insiste sur
la nécessité pour les gouvernements nationaux d’attribuer
les ressources nécessaires pour la lutte contre la violence
à l’égard des femmes sous toutes ses formes
et de créer des programmes complets qui prendraient en charge
et protégeraient pleinement ses victimes. Les efforts et
les progrès accomplis dans ce contexte doivent servir de
critère pour l’évaluation des projets et programmes
de coopération au développement, aussi bien par les
bailleurs de fonds que par leurs bénéficiaires ;
note la nécessité
d’une collaboration avec la société civile et
les organisations de femmes qui possèdent une connaissance
approfondie de la question et exhorte les gouvernements
à mettre en place une coopération étroite avec
ces organismes, fondée sur l’autonomie, la reconnaissance
et le respect mutuel ;
appelle à
ce que l’éradication de la traite des femmes et des
filles forme un objectif majeur de la politique publique et à
ce que la lutte contre elle soit menée de manière
exhaustive en réprimant activement la criminalité
organisée, en menant des activités de sensibilisation
sociale et en mettant en place des mesures de soin et de soutien
pour les victimes et mettre en place des programmes de protection
des témoins à l’intention des femmes qui témoignent
dans les tribunaux contre les trafiquants ;
appelle le secrétaire général de l’ONU
à faire de la prévention de la violence massive à
l’égard des femmes et des filles et de la violation
de leurs droits une priorité dans l’action pour la
paix et l’intervention humanitaire des Nations unies et à
mettre à disposition les ressources nécessaires pour
empêcher ces violations dans tous les conflits internationaux,
régionaux et locaux ainsi qu’à considérer
l’élaboration et l’adoption d’une convention
sur l’élimination de la violence à l’égard
des femmes ;
déclare
que la violence à l’égard des femmes doit constituer
une raison pour l’octroi du droit d’asile ;
note la nécessité
urgente pour les gouvernements nationaux de faire passer et de renforcer
les lois contre les mutilations génitales féminines,
la sélection sexuelle des fœtus, les avortements forcés
et l’infanticide des filles nouveau-nées contre les
crimes que leurs auteurs justifient par l’honneur, la tradition
et les croyances religieuses ;
Enfin, l’Internationale
socialiste des Femmes désire affirmer la nécessité
absolue de travailler à l’avancement des femmes parce
que la violence à l’égard des femmes peut être
éradiquée uniquement en réalisant l’égalité
entre les hommes et les femmes, car elle tire précisément
son origine de l’inégalité, de la dépendance
et de la discrimination.
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